Depuis environ une semaine, une nouvelle polémique est en train d'éclabousser le milieu du foot en France. Cette affaire, le «Quotagate», fait suite à une réunion, le 8 novembre dernier, impliquant quatre des personnages les plus importants du foot français aujourd'hui : Laurent Blanc, le sélectionneur national, François Blaquart, le Directeur Technique National encore intérimaire à l'époque, Eric Mombaerts, l'entraîneur des espoirs, et Francis Smerecki, l'entraîneur des moins de 20 ans.
Enregistrée à l'insu des principaux protagonistes par Mohammed Belkacemi (conseiller technique national en charge du football de quartier), cette réunion se concentre sur le soit-disant problème des jeunes joueurs à double nationalité qui sont formés en France et qui finissent par jouer pour une autre équipe nationale que nos Bleus. Les propos de Laurent Blanc sont très clairs sur le sujet. Il trouve anormal que des jeunes, ayant fait des sélections en équipe de France des moins de 16 ans au moins de 21 ans, aillent, plus tard, jouer pour l'Algérie, le Maroc ou le Sénégal par exemple.
François Blaquart et Laurent Blanc hors-sujet
Oui, la France a formé, forme et formera encore beaucoup de jeunes footballeurs qui iront jouer pour d'autres sélections. Mais est-ce vraiment un si gros problème ? Pourquoi vouloir absolument lutter contre ? Pour tout dire, je trouve les propos de Laurent Blanc et de François Blaquart d'un nombrilisme très français et totalement contraire aux valeurs du Football. Il s'agit tout de même d'instaurer des quotas pour «trier» des enfants âgés de 12 à 14 ans...
Il serait scandaleux que ces quotas soient mis en place. D'autant plus que si un jeune fait des sélections en équipes espoirs et n'est finalement jamais retenu en A, c'est que le sélectionneur a jugé que le joueur n'a pas le niveau requis. Alors, si on ne veut pas d'un joueur en équipe de France, pourquoi vouloir l'empêcher d'évoluer sous le maillot d'une autre sélection ? A côté de ça, ces joueurs font souvent le bonheur de nombreux clubs français qui étaient aux premières loges pour les recruter à la sortie des centres de formation.
Établir des quotas pour limiter le nombre de joueurs à double nationalité dans les centres de formations serait une aberration qui ne changerait strictement rien à ce qu'est la réalité d'aujourd'hui : la France forme énormément de jeunes footballeurs parmi lesquels certains ont des origines étrangères, le plus souvent d'Afrique. Seuls les meilleurs porteront le maillot Bleu et ce, quelles que soient leurs origines.
Comment ne pas comprendre les jeunes, non retenus en équipe de France, qui répondent positivement à l'appel de la sélection de leur pays d'origine ? Encore une fois, je pense sincèrement que le football français reçoit largement les fruits de ces efforts de formation. Je pense à Zidane, Platini, Kopa, Desailly, Vieira et beaucoup d'autres encore... D'ailleurs les sélections Africaines tirent finalement, elles aussi, un bon parti de cette situation puisqu'elles sont souvent composées d'une majorité joueurs formés (et bien formés) en France.
Thuram saute sur l'occasion
En revanche, je trouve tout aussi scandaleux que certains anciens joueurs et journalistes profitent de cette polémique pour taxer Laurent Blanc de raciste. Les propos du sélectionneur sont totalement déplacés mais pas racistes. De tous temps, les équipes de France de jeunes et l'équipe A ont regroupé des joueurs de toutes origines ce qui d'ailleurs représente tout à fait la population française. Lolo en a été l'un des témoins privilégié lui qui a fait partie des fabuleux Bleus de 98, qualifiés de «Black, Blanc, Beur».
L'autre partie de la discussion, rapportée dans les médias, concerne le profil technique et physique des joueurs sortant des centres de formation. Laurent Blanc se plaint d'un manque de «petits gabarits techniques» et d'un trop plein de «grands costauds, puissants» dans son réservoir de joueurs . Malheureusement, ces choix sont dictés par les attentes des clubs. Les exigences du football de haut niveau font que les qualités physiques sont devenus l'un des principaux critères de recrutement. Les petits gabarits sont donc moins recherchés, il leur faut un talent supplémentaire pour percer.
Mais là encore, ça me gêne vraiment que des gens comme Lilian Thuram qualifient ces propos de racistes sous prétexte que, dans l'inconscient collectif, les grands costauds et puissants sont noirs et les petits gabarits sont blancs. Trop facile comme critique. Je ne peux pas croire que Laurent Blanc ou François Blaquart soient racistes.
Sur un plan sportif, dans les propos du sélectionneur, on a l'impression qu'il n'a, à sa disposition, que des joueurs très physiques mais faibles techniquement. Là encore, il exagère. Les Ribery, Benzema, Nasri, Valbuena, Menez, Gameiro, Lass Diarra ou encore Ben Arfa, par exmple, se distinguent au moins autant par leurs qualités techniques que par leurs qualités physiques. Au passage, Samir Nasri et Karim Benzema, pour ne parler que d'eux, ont des origines nord-africaines. Seraient-ils en équipe de France A si d'obscures quotas étaient pratiqués au moment de la détection ? Pas sûr... Et pas sûr non plus que les Bleus s'en porteraient mieux.
A mon avis, d'autres «révélations» sont à attendre dans cette affaire qui prend de plus en plus une tournure politique surtout depuis de M. Belkacemi a déclaré avoir remis l'enregistrement à la Fédération dès le lendemain de la réunion. Cela ferait donc 6 mois que cet enregistrement serait dans les murs de la FFF sans que cette information ne filtre. Pourquoi ce scandale éclate seulement maintenant par l'intermédaire de Mediapart, alors même que Fernand Duchaussoy assure avoir pris connaissance de cet enregistrement seulement la semaine dernière ? Même sans trop être paranoïaque, à six semaines de l'élection du président de la FFF, il y a de quoi se poser la question.
A peine un an après l'épisode honteux de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, le football français est à nouveau en train d'écrire une page de son histoire dont personne ne sortira très fier.
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