Jean-Michel Aulas est un spécialiste de la critique de l'arbitre après une défaite de son équipe. Je n'aime pas du tout la plupart de ses interventions, je le trouve souvent de mauvaise foi, mais il faut bien reconnaître qu'il n'a pas toujours tort quand il explique qu'il faut que les institutions qui régissent le football se donnent les moyens d'aider le corps arbitral.
Des erreurs à la pelle
Ces dernières semaines, plusieurs faits de jeu mal arbitrés ont eu des conséquences importantes pour les équipes qui les ont subi.
D'abord, lors du match retour de demi-finale de Champion's League entre le Real Madrid et le Barça : en début de seconde période, un but a été refusé aux Madrilènes pour une faute commise en tombant par Cristiano Ronaldo sur Mascherano permettant à Angel Di Maria d'aller marquer. Avec les ralentis, on voit clairement que si Ronaldo tombe, c'est parce qu'il est victime d'une obstruction de Piqué. L'arbitre aurait donc du laisser l'avantage et accorder le but. Que serait-il advenu de ce match si le Real avait mené 1-0 à ce moment de la rencontre ?
Ensuite, le week-end dernier, lors du très spectaculaire «Olympico» , le premier but marseillais refusé à Loic Rémy, pour une faute de main imaginaire d'Ayew, aurait du être accordé. Là encore, les Marseillais peuvent nourrir de gros regrets et se demander s'ils n'auraient pas pu obtenir les trois points s'ils avaient mené au score. Ces points vont cruellement manquer à l'OM dans sa quête d'un deuxième titre consécutif.
Enfin, et pas plus tard qu'hier soir, c'est le PSG qui a pâti d'une erreur de l'arbitre avec ce pénalty injustifié et l'expulsion scandaleuse de Christophe Jallet alors que le défenseur parisien a à peine effleuré le Nancéien Julien Féret sur l'action. Menés d'un but et réduits à dix après seulement vingt minutes de jeu, les Parisiens ne réussiront qu'à arracher le point du nul face à une valeureuse équipe de Nancy qui lutte contre la relégation. Le PSG a donc laisser filer deux points importants dans sa lutte à distance avec Lyon pour la troisième place qualificative pour la Ligue des Champions. Un coup dur pour les hommes de Kombouaré qui réalisent une très belle saison malgré un effectif restreint et l'inefficacité chronique d'Erding et d'Hoarau.
Les arbitres en première ligne
Ces exemples ne sont que quelques gouttes d'eau dans l'océan des erreurs d'arbitrage recensées ces dernières années. Les arbitres sont-ils de plus en plus mauvais ? Je ne crois pas. Au contraire, ils sont de mieux en mieux formés que ce soit «techniquement» ou physiquement. Mais le constat est simple : le football moderne va trop vite, tout se joue sur des détails et beaucoup de joueurs ont pris l'habitude de simuler pour influencer les décisions arbitrales et ils y arrivent malheureusement.
Alors évidemment, les arbitres sont des hommes et l'erreur est humaine mais il ne faut pas en rester là. Il faut absolument donner les moyens aux hommes en noir de prendre les bonnes décisions, eux qui ont à charge de faire respecter les règles du football. Force est de reconnaître que certaines erreurs gâchent le spectacle voire écœurent certains fans, entraîneurs ou dirigeants qui ne se gênent donc plus pour attaquer vertement les arbitres comme par exemple Jean-Louis Triaud qui, cette saison, au soir d'une défaite de Bordeaux face à Caen, n'a pas hésité a déclaré que M. Enjimi, l'arbitre de la rencontre, avait volontairement avantagé les Caennais pour nuire aux Girondins. Il est vrai que ce soir là, Yoann Gouffran avait été victime d'un tacle assassin d'un défenseur normand qui n'avait pas été sanctionné alors que le Bordelais s'en tirait avec une terrible blessure. Les propos de M. Triaud sont inqualifiables. Je peux comprendre sa frustration surtout cette saison mais prétendre qu'un arbitre en veut spécialement à son club c'est du grand n'importe quoi.
Plutôt que de critiquer constamment les arbitres il vaudrait mieux réfléchir à la meilleure façon de les assister dans leur tâche aussi difficile que primordiale.
Sur beaucoup de phases de jeu, la vidéo me paraît clairement être une excellente solution pour éviter les erreurs. Comment est-il possible qu'en 2011 les arbitres ne puissent pas avoir recours à la vidéo ? Alors même que tous les observateurs (spectateurs, journalistes, etc...) peuvent revoir une action des dizaines de fois mais que l'arbitre, qui doit prendre la décision, ne peut le faire qu'en temps réel sans profiter de la technologie qui entoure les matchs de foot de haut niveau. La vidéo est la solution pour savoir si le ballon a franchi la ligne de but, pour savoir si un joueur doit être expulsé, pour savoir si un joueur a simulé ou encore pour savoir si une faute est commise à l'intérieur ou à l'extérieur de la surface de réparation. Des situations qui sont décisives et qui peuvent donc totalement changer le cours d'une rencontre.
Peut-on être contre la vidéo ?
Je ne dis pas que la technologie de la vidéo est LA solution à toutes les situations mais ce qui est sûr c'est que les détracteurs de la vidéo n'ont pas de véritable argument. Ils se contentent de dire, à l'image de Michel Platini qu'il ne faut pas dénaturer ce sport, qu'il ne faut pas arrêter le jeu...
J'aimerais bien voir M. Platini expliquer sa théorie aux Mexicains après leur défaite face aux Argentins lors de la dernière coupe du Monde. Les Mexicains, qui avaient effectué un excellent début de match, ont encaissé un but de Tevez sur lequel l'Argentin est hors jeu d'au moins deux mètres. L'arbitre était mal placé, oui mais en quelques secondes devant un des nombreux écrans présents dans le stade, ce même arbitre aurait pu corriger son erreur et invalider le but. Cette idée de ne pas vouloir interrompre le cours du jeu me paraît ridicule à l'heure même où le jeu est arrêté dès qu'un joueur se roule par terre de douleur...
Les détracteurs de la vidéo laissent les arbitres en première ligne sous le feu des critiques. Ils laissent des décisions injustes briser les espoirs de joueurs qui ne demandent qu'une chose : des décisions objectives. Quoi de plus objectif qu'un dizaine de ralentis ?
M. Platini, qui a soit disant toujours été opposé à la vidéo (cf vidéo à la fin de ce papier), nous explique qu'il ne veut pas d'un football a deux vitesses. Franchement, il y a déjà et il y a toujours eu un football à deux voire plusieurs vitesses et le Président de l'UEFA semble l'avoir oublié. Tous ceux qui ont joué en club à petit niveau peuvent en témoigner. Les petits clubs sont rarement arbitrés par des arbitres bien formés, parfois il manque un arbitre assistant, bref les écarts existent bel et bien. Mais le football se pratique aussi à haut niveau. A ce niveau le football est plus qu'un sport, c'est un spectacle. Un spectacle qui est aujourd'hui encadré par de lourds dispositifs de télévision qui peuvent permettre de fournir facilement à l'arbitre les images nécessaires pour prendre une bonne décision dans la plupart des situations. D'autant plus lorsque l'enjeu est très important (Coupe du Monde, Coupes d'Europes, etc...)
Beaucoup de solutions ont été tentées sans réels résultats (5 arbitres au lieu de trois par exemple). D'ailleurs, je tiens à préciser que sur certaines phases de jeu, les arbitres arrêtent le match pour se concerter et prendre une décision. Si le jeu est stoppé, pourquoi ne pas en profiter pour regarder les images, les ralentis accessibles au bord du terrain ?
La solution vidéo est dans les cartons de l'UEFA depuis longtemps mais elle n'a jamais été essayée. Pourquoi ? Pour satisfaire les ambitions politiques de certains ? Les mêmes qui critiquent les arbitres à la première occasion ? Sûrement... Arrêtons donc cette mascarade, arrêtons de tout mettre sur le dos des arbitres et donnons au football les moyens de rentrer réellement dans le 21ème siècle...
En bonus, une vidéo de Michel Platini qui avait à l'époque une toute autre opinion qu'aujourd'hui sur l'utilisation de la vidéo... Ah politique quand tu nous tiens !
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