• Paul Scholes, he scores goals


    Le vendredi 5 août 2011, Paul Scholes a fait ses adieux au terrain. Le peuple de Manchester United avait fait le déplacement en nombre pour honorer celui d’entre eux qui aura porté pendant 17 années consécutives le maillot écarlate des Red Devils. Paul Scholes est né à Salford, une banlieue voisine d’Old Trafford, l’enceinte de Manchester United. La voie qui y mène s’appelle Sir Matt Busby Way.

    Au-dessus de l’entrée principale, il y a une statue de Matt Busby, un ballon sous le bras. A l’angle des tribunes sud et est, il y a une plaque qui a la forme d’un terrain de football, et sur la plaque le nom des onze joueurs et membres du club qui trouvèrent la mort le 6 février 1958, sur l’aéroport de Munich, dans le crash de l’Airspeed Ambassador qui les ramenait d’une rencontre de coupe d’Europe. A côté de la plaque à Old Trafford, se trouve une horloge, que l’on a arrêtée à l’heure fatidique en mémoire des victimes.

    Matt Busby, l’entraîneur qui avait bâti cette équipe flamboyante, survécut au crash et ses efforts permirent au club de survir sportivement : dix ans après l’accident, Manchester United remportait pour la première fois de son histoire, commencée en 1878, le titre de champion d’Europe. Au-dessus de la statue de Busby, sur la façade de verre, un chiffre qui dit le nombre de titres de champion d’Angleterre du club : 19 - le record. Le dernier a été conquis cette année même. Le club est promis à d’autres succès, mais pour Paul Scholes, c’était le dernier. Après avoir rejoint le club dès 14 ans, puis y avoir signé son premier contrat professionnel à 19 ans, le "one-club man" a désormais obtenu une place d’honneur dans cette histoire et dans celle de sa discipline. Vainqueur à dix reprises du championnat d’Angleterre, et trois fois vainqueur de la FA Cup, la plus vieille compétition de football encore organisée, Paul Scholes aura été de deux campagnes européennes couronnées de succès. La première, en 1998-99 reste l’année du « Treble », le triplé coupe - championnat - Coupe d’Europe, un exploit que seul le PSV Eindhoven (87-88) avait réalisé précédemment, et qu’il faudra encore une décennie à Barcelone (2009) pour réitérer.

    En finale, les Anglais réussirent un des plus grands come-back de l’histoire des Coupes d’Europe. Menés tôt dans le match d’un but par le Bayern de Munich, les Mancuniens parvinrent, dans les arrêts de jeu, à égaliser puis à reprendre l’avantage. Deux corners de Beckham permirent, coup sur coup, à Teddy Sheringham, puis à Ole Gunnar Solksjaer, de priver in extremis du titre les coéquipiers de Lothar Matthäus. (L’anecdote est d’autant plus cruelle qu’il était arrivé une mésaventure semblabe à Matthäus douze ans auparavant, toujours en finale, contre Porto cette fois. Après avoir mené une heure, les Bavarois avaient encaissé deux buts d’affilée dans le dernier quart d’heure - le deuxième par Rabah Madjer, d’un geste qui porte son nom depuis).

    Scholes n’était pas sur le terrain ce soir-là, en dépit d’un beau tournoi ponctué d’un but important sur le terrain de l’Inter Milan en quarts : son jeu de défense, - d’une qualité et d’une intensité rares pour un joueur de son gabarit, destiné au départ à un rôle offensif - lui avait valu un carton jaune de trop. Il dut se contenter d’assister en spectateur au succès de ses équipiers, au côté du capitaine Roy Keane, lui aussi suspendu pour s'être sacrifié en demi-finale, lors d’une rencontre musclée face avec la Juventus du redoutable Inzaghi, battue au retour 3 buts à 2, au Stadio delle Alpi.

    Scholes se rattrapa en 2006. Son but en demi-finale qualifia Manchester aux dépens du FC Barcelone : à la quatorzième minute du match retour, il donna aux siens un avantage qui allait se révéler définitif, en reprenant d’instinct une mauvais relance tombée dans sa course. Sa frappe de 25 mètres trouva la lucarne espagnole. En finale, United battit Chelsea. Cette fois-ci, Scholes était bien sur la pelouse.
    Pour son jubilé, ce vendredi, l’adversaire était notoirement plus modeste. Les New York Cosmos ne font pas partie de la ligue américaine, qu’ils militent pour intégrer au plus vite.

    Ils ont, pour ce faire, installé Pelé, qui avait participé à la première mouture des Cosmos dans la deuxième moitié des années 70, comme président honoraire, et Eric Cantona comme manager. King Eric est donc revenu sur ses terres, et il a reçu des supporters mancuniens une aussi forte ovation que Scholes lui-même. A la conférence de presse tenue la veille dans la ville de ses exploits, Cantona avait éclipsé jusqu’au Brésilien, qui avait assisté silencieusement aux salves de questions dirigées à l’ancien capitaine des Red Devils.

    Sur le terrain, face à une équipe de -23 augmentée de quelques anciennes gloires (Gary Neville, Dwight Yorke, Nicky Butt, tous salués comme il se doit par les tribunes) et de quelques anciens ennemis (Robert Pirès ou Patrick Vieira, chambré à chaque touche de balle), les Cosmos sont loin de produire le football que Chinaglia, Pelé, Beckenbauer, Carlos Alberto, Omar Caetano ou Johann Neeskens offraient aux spectateurs new-yorkais plus de trente ans plus tôt. Confrontés au vice-champion d’Europe, les Américains firent ce qu’on attendait d’eux : de la figuration dans le dernier acte de la carrière de Scholes.

    L’ Anglais tint son rôle en signant le premier but d’un geste typique de son talent : une frappe violente de 20 mètres, du pied droit, en lucarne. Old Trafford entonna pour la dernière fois « Paul Scholes, he scores goals », avant que Rooney, Anderson, Welbeck et Mame Biram Diouf (deux fois) n’alourdissent la marque. Jusqu’au bout, les supporters de Manchester auront chanté à l’intention d’Alex Ferguson : « Sign him up ! ». Le manager des Red Devils aura bien essayé de convaincre son international (66 sélections, deux Coupes du Monde disputées) de rempiler encore une année. En vain. Après 466 matches sous le maillot de Manchester United, « Scholesy » est sorti pour de bon, à quinze minutes de la fin, sous l’ovation de 75 000 spectateurs. Il se serait d’ores et déjà vu confier par Alex Ferguson des responsabilités au sein de l’encadrement.

    Cela explique que quelques spectateurs, qui avaient levé leur verre de nombreuses fois à la santé de l’intéressé, clamaient encore après la rencontre, à destination de tous leurs adversaies, le chant traditionnellement dévolu à son vieux coéquipier Ryan Giggs, et qui emprunte sa mélodie au refrain de Joy Division, autres héros locaux : « Scholes, Scholes will tear you apart - again ».
    Commentaires 4 Commentaires
    1. Avatar de rooney
      rooney -
      Une légende de plus à Old Trafford...
    1. Avatar de Hamsik
      Hamsik -
      Superbe article, merci El Seb !!!
      Pas mal de souvenirs dans le descriptif, et kudos to Paul Scholes comme disent nos amis anglais
    1. Avatar de rooney
      rooney -
      Le 8-2 du weekend dernier, ça fait un peu score de jubilé non ?
    1. Avatar de El Seb
      El Seb -
      Citation Envoyé par rooney Voir le message
      Le 8-2 du weekend dernier, ça fait un peu score de jubilé non ?
      C'est clair !!